Reproduction canine et féline: mes 10 prédictions pour le futur!

Cela fait maintenant bientôt 10 ans que je travaille en reproduction des carnivores domestiques. Premier point: le temps passe -trop- vite! Deuxième point (et pour sûr le plus important!): les choses ont grandement changé depuis mes débuts! En effet au cours de ces dernières années nous avons connu plusieurs « mini-révolutions » dans notre discipline: démocratisation de l’échographie génitale, développement de l’endoscopie génitale, implants d’agonistes de la GnRH devenus accessibles… Plein de choses fantastiques donc, qui ont apporté à la reproduction canine et féline de nouvelles approches, de nouveaux traitements et de nouvelles perspectives. Je me considère chanceux d’avoir eu accès à ces fantastiques outils et j’espère de tout coeur que ceux-ci seront de plus en plus utilisés par mes confrères dans leurs cliniques au cours des années à venir. Mais maintenant, que peut-on attendre du futur? Je dois bien avouer que cela ne m’inquiète pas trop, il y a de nombreuses techniques qui sont actuellement utilisées dans les autres espèces mammifères et qui bénéficieraient grandement aux espèces canines et félines. Les chercheurs ne manqueront jamais d’inspiration, nous devons juste leur laisser un peu de temps pour développer les techniques de demain! Voici mon Top 10 des futures avancées qui à leur tour révolutionneront notre approche de la reproduction canine et féline.

 Dans l’espèce féline

 Prédiction 1: L’insémination artificielle chez les chats sera proposée en routine

 C’est un sujet que j’ai déjà abordé par le passé et peut-être vous souvenez-vous de mon précédent post qui s’y attardait (retrouvez le ici). Je pense sincèrement que nous tenons là LA prochaine grande avancée en matière de reproduction des carnivores domestiques. Nous inséminons des chiennes depuis maintenant près de 40 ans, et cette technique a véritablement participé à l’essor des programmes de sélections génétiques au sein des élevages canins (pensez-y: les éleveurs canins ont aujourd’hui virtuellement accès à tous les mâles reproducteurs de la planète grâce à l’IA et les techniques de conservation de semence). Chez le chat, le fossé à combler pour en arriver là reste encore énorme. Mais une telle avancée permettrait aux éleveurs félins de bénéficier eux-aussi de ces nombreux avantages en termes de sélection génétique. Bonne nouvelle: plusieurs études ont dernièrement été publiées sur le sujet. Et récemment, on m’a même présenté une technique d’IA sous endoscopie dans l’espèce féline. Le futur semble prometteur dans ce domaine et j’attends avec impatience de voir ce que nous réservent les années à venir!

 Prédiction 2: Les techniques de conservation de semence seront accessibles dans l’espèce féline.

 Pouvoir utiliser l’IA dans l’espèce féline sera un grand bon en avant. Mais en parallèle, celle-ci devra s’accompagner de techniques de conservation de la semence, comme réfrigération et surtout congélation. Certains protocoles sont d’ores et déjà décrits dans la littérature scientifique mais ils nécessitent d’être améliorés pour une utilisation future en clinique. Récolter la semence chez le chat n’est pas quelque chose de compliqué, nous le faisions en routine là où je travaillais auparavant. Pensez un instant aux possibilités qui s’offriraient alors à vous: un mâle pourrait être récolté à Paris, sa semence congelée et envoyée n’importe où à travers le monde pour pouvoir l’inclure dans les programmes d’élevage. Un nombre infini de possibilités s’offrirait alors à vous!

 Dans lespèce canine

 

Prédiction 3: Le transfert embryonnaire pourra s’envisager chez la chienne et permettra de régler certains cas d’infertilité.

 Je me souviens avoir diagnostiqué des « endométrites chroniques » ou des « fibroses sévères de l’utérus » chez certaines chiennes (quelque chose qui a été rendu possible grâce à l’endoscopie génitale qui nous permet aujourd’hui de réaliser des prélèvements utérins pour histologie et bactériologie). Et je me rappelais que quand j’avais ce type de résultats, je me sentais un peu dépourvu. En effet, je savais alors que l’utérus était sérieusement endommagé, et que les chances de gestation étaient quasi-nulles… J’’avais un diagnostic, mais aucune alternative. En effet, quand l’utérus est ainsi abimé, aucune chance de voir un embryon s’y implanter et une gestation se développer. Dans d’autres espèces, le transfert embryonnaire se présente alors comme une alternative: on récupère les embryons et on les transfèrent dans une femelle receveuse dont l’utérus ne présente pas cet inconvénient. Quelque chose que nous pourrions alors faire chez la chienne si nous disposions d’une telle technique.

 Prédiction 4: L’utilisation de cellules-souches nous permettra de réparer ces utérus « abimés ».

 Je participais dernièrement à un séminaire sur la reproduction des carnivores aux Etats-Unis et ce sujet ô combien futuriste a été abordé. En effet, l’utilisation des cellules souches est un sujet chaud du moment en médecine vétérinaire, elles sont notamment utilisées aujourd’hui pour traiter les cas d’arthroses et réparer les surfaces cartilagineuses abîmées. La même technologie pourrait être utilisée pour réparer ces utérus endommagés et leur permettre alors de maintenir à nouveau une gestation. Une alternative thérapeutique ô combien intéressante!

 Prédiction 5: Maturation ovocytaire et fécondation in-vitro in-vitro deviendront possibles!

 Ces techniques sont aujourd’hui « faciles » à réaliser dans l’espèce féline (si tant est que vous travaillez dans un laboratoire qui a l’habitude de manipuler des ovocytes) mais chez le chien, cela relève encore de la science-fiction. Pourquoi? Rappelez-vous mon précédent post décrivant à quel point la physiologie de la reproduction dans l’espèce canine était unique (voir ici). Eh bien, à cause de ces caractéristiques uniques, nous ne savons pas aujourd’hui comment faire pour obtenir in-vitro des ovocytes canins matures (seuls 10% d’entre eux deviendront matures vs >90% dans la plupart des autres espèces mammifères). Du coup ces techniques sont très peu efficaces, ce qui représente une réelle limitation dans le développement de techniques in-vitro de production d’embryons. Quand nous maîtriserons celles-ci, là encore un monde de possibilité s’ouvrira à nous. Rappelez-vous que ces techniques  sont aujourd’hui très couramment utilisées en médecine humaine, en particulier dans le domaine de l’infertilité. Nous pourrions avoir là un fantastique outil pour l’espèce canine.

 

Dans les deux espèces:

Prédiction 6: Nous pourrons faire de l’ovum pick up (OPU) sous contrôle échographique chez les chattes et les chiennes

 Ovum pick-up = récoltes d’ovocytes. Pour quelle raison faire ça? Eh bien, cela serait de façon certaine un vrai plus pour aider les chercheurs (il y a encore beaucoup de choses à découvrir sur la physiologie des ovocytes, en particulier dans l’espèce canine). Mais cela faciliterait également le développement des techniques in-vitro mentionnées auparavant. Là encore, on dirait de la science-fiction mais ces techniques sont couramment utilisées aujourd’hui en médecine humaine. Si cela pouvait être fait sous échographie, cette technique serait faiblement invasive (aujourd’hui si l’on veut récolter des ovocytes sur une chienne ou une chatte, il faut généralement passer par la case chirurgie et stériliser l’animal). A nouveau, cela ouvrirait un monde d’opportunités!

 Prédiction 7: Nous congèlerons des cortex ovariens

 Les éleveurs canins ont déjà tous entendu parler de congélation de semence. Un fantastique outil capable de conserver le potentiel génétique d’un mâle reproducteur quasi-éternellement. Mais peut-on faire la même chose avec les individus femelles? Eh bien dans d’autres espèces on congèle les cortex ovariens: ce sont des parties de l’ovaire qui contiennent des ovocytes. La carrière reproductrice des femelles s’arrête généralement vers 6-7 ans (car le vieillissement utérin ne permet souvent plus des contractions efficaces et les difficultés à la mise-bas s’en trouveraient augmentées). Mais imaginez alors que vous stérilisiez la femelle et que vous puissiez conserver via la congélation certains de ces ovocytes (car les ovaires en contiennent encore un grand nombre, rappelez-vous qu’il n’y a pas de ménopause chez la chienne)? Là encore, avec l’avènement des techniques in-vitro mentionnées auparavant, les éleveurs canins auraient là un nouvel outil pour mener à bien leur programme de sélection génétique!

 Prédiction 8: Nous congèlerons des embryons

 Même chose, mais pour les embryons cette fois-ci. Ne serait-ce pas fantastique? La technique existe déjà dans d’autres espèces. Les embryons canins et félins contiennent beaucoup de lipides qui pourraient rendre le processus de congélation plus compliqué cependant. Compliqué peut-être, mais certainement pas impossible!

 Prédiction 9: Nous aurons les outils pour aider les chiots et chatons prématurés

 La néonatalogie canine et féline (tout ce qui concerne les nouveau-nés de 0 à 3 semaines) fait partie de ces « zones grises » de la médecine vétérinaire. Pour faire court: dans ce domaine, il nous reste plein de choses à découvrir! Actuellement, il n’y a pratiquement rien que nous puissions proposer pour aider des chiots ou chatons prématurés (nés avant 58 jours post-ovulation), alors qu’en médecine humaine, ils ont désormais des procédures, des médicaments (comme du surfactant de synthèse - un liquide synthétisé dans les poumons des nouveau-nés à la fin de la gestation et qui leur permet tout simplement de respirer). Ces techniques pourraient devenir disponibles dans nos cliniques vétérinaires dans le futur.

 Prédiction 10: Nous aurons accès à du colostrum de synthèse pour chiots et chatons nouveau-nés.

 Rappelez-vous, à la naissance l’immunité des chiots et chatons provient de l’absorption du colostrum, ce premier lait de la mère riche en anticorps. Le défaut de transfert colostral est reconnu comme un facteur de risque en termes de mortalité néonatale chez la plupart des mammifères. Malheureusement chez le chien et le chat, si ce transfert ne peut avoir lieu, nous n’avons pas vraiment d’alternatives. Certes, nous avons des lactoremplaceurs de qualité (voir ici) mais s’ils apporteront l’énergie nécessaire, ils ne pourront participer au transfert de l’immunité. Bovins et équins ont à leur disposition des banques de colostrum dans de tels cas de figure. Cela ne sera probablement jamais réalisable pour les chiens et les chats (mais allez savoir!), cependant le développement d’un colostrum de synthèse sera un fantastique plus pour aider les nouveau-nés. Très honnêtement je ne vois pas trop comment cela pourrait se faire mais l’esprit humain sait se montrer ingénieux, cela serait une fantastique avancée!

 A la lecture de cette liste, certains pourraient sourire en se disant que tout ça restera pour toujours du domaine de la science-fiction. J’ai grandi en regardant ces films où voitures volantes et tablettes futuristes s’invitaient dans la vie de tout les jours. Bon, je vous l’accorde, nous devrons apparemment encore attendre un peu pour les voitures volantes (j’avoue que je ne me l’explique pas mais enfin…), cependant ces tablettes font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien… Vous ne pensez pas que la même chose puisse arriver en reproduction des carnivores? Pour ma part, j’en reste convaincu! 

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