Résorptions embryonnaires chez la chienne et la chatte : pourquoi est-ce important de les rechercher

Je suis un grand fan de l’échographie. L’avènement de cette technique d’imagerie a, pour sûr, était l’une des plus grandes avancées que nous ayons connues en médecine vétérinaire. En nous permettant de visualiser ce qui se passe « à l’intérieur » de nos patients, cette technique nous permet aujourd’hui de beaucoup mieux approcher de nombreuses situations cliniques. Et il en est de même en reproduction canine et féline. Je disais d’ailleurs souvent à nos étudiants vétérinaires que je ne pouvais d’ailleurs pas imaginer pratiquer sans avoir accès à un tel équipement. Et une chose pour laquelle je trouvais l’échographie particulièrement intéressante : visualiser des résorptions embryonnaires.

 En effet, on me demande souvent quels tests je recommanderai de réaliser sur une chienne/chatte infertile. Dans la liste de mes recommandations se trouve toujours un diagnostic de gestation par échographie. C’est en effet la meilleure façon de détecter les résorptions embryonnaires. Ce qui nous aidera énormément par la suite dans la démarche clinique.

 

Qu’est-ce qu’une résorption embryonnaire?

 

Jetez un coup d’oeil à la photo ci-dessous. Sur la gauche, vous pouvez voir une image normale d’embryon (durant l’examen, il serait même possible de visualiser les battements de son cœur !). Sur la droite : une résorption embryonnaire, un embryon dont le développement a débuté mais qui, en cours de route, s’est arrêté.

 L’échographie est souvent la seule façon de les détecter. En effet, tout arrêt de gestation qui survient avant 35 jours de gestation peut, d’un point de vue clinique, passer totalement inaperçu : les embryons seront en quelque sorte « digérés » par l’utérus, ne laissant filtrer aucun autre signe clinique…

 

 

Résorptions embryonnaires: quelles causes?

 

Est-ce toujours anormal de voir des résorptions embryonnaires durant la gestation chez la chienne et la chatte? Pour sûr, non : la nature est bien faîte et souvent, lorsque les embryons ne sont pas viables (par exemple parce qu’ils sont porteurs d’une anomalie génétique sévère), ils mourront in utero et seront entièrement réabsorbés pour le coup. Cependant, en fonction du contexte clinique (par exemple sur un animal avec des antécédents d’infertilité) ou quand plusieurs résorptions embryonnaires sont visualisées à l’échographie, cela poussera le vétérinaire traitant à aller chercher plus loin. Il est en effet alors possible que « quelque chose » ne tourne pas rond et des examens complémentaires seront nécessaires pour objectiver si c’est le cas ou pas.

 Dans les cas pathologiques, trois grandes causes de réabsorption embryonnaires seront généralement considérées :

-    Des maladies infectieuses : quelle que soit l’espèce avec laquelle on travaille, c’est toujours LA priorité à vérifier lors de troubles de la fertilité. Chez la chienne on pensera toujours en tout premier lieu à la brucellose canine (voir notre post sur le sujet). Chez le chat, au virus leucemogène félin ou FeLV. D’autres pathogènes peuvent bien sûr être impliqués (la liste est très longue…), les plus communément recherchés sont dans le tableau ci-après.

 Table 1: Principaux agents pathogènes pouvant causer des résorptions embryonnaires chez la chienne et la chatte

 

-    Des causes hormonales: une insuffisance lutéale – incapacité à produire/maintenir une concentration suffisamment élevée en progestérone, l’hormone clé de la gestation – a été décrite chez la chienne et chez le chat. Cela explique pourquoi votre vétérinaire vous proposera peut-être des tests hormonaux. D’autres anomalies hormonales (concernant les estrogènes ou les hormones thyroïdiennes) peuvent également avoir un effet sur le développement embryonnaire.   

 

-    Des affections utérines: des alterations du tissue utérin (hyperplasie glandulokystique de l’utérus, endométrite, etc) peuvent prévenir l’implantation des embryons dans la paroi uterine et du coup conduire à la visualisation de résorptions embryonnaires. Toute affection utérine qui entraîne une modification du milieu utérin peut avoir ce type de conséquences.

 

Que faire?

 

Vous comprenez maintenant pourquoi il est si important dans les cas avec antécédents d’infertilité de réaliser un diagnostic de gestation. Lorsque l’on visualise des résorptions embryonnaires, cela dit au clinicien que 1/ la fertilisation des ovocytes a bien eu lieu (rappelez-vous qu’aussi bien chez la chienne que chez la chatte, c’est souvent la première cause d’infertilité) et 2/ que « quelque chose » a interféré avec le bon déroulement de la gestation. Identifier la nature exacte de ce « quelque chose » est souvent la partie la plus difficile, mais les récentes avancées dans le domaine de la reproduction canine et féline nous permettent d’aller toujours plus loin dans le diagnostic aujourd’hui ( un exemple ici avec les biopsies utérines).

 Dès que nous avons identifiés le “pourquoi”, il devient alors possible de définir l’approche la plus appropriée pour le cas en question. En effet, toujours plus facile de combattre un ennemi que l’on a au préalable identifié. Néanmoins, vous comprenez maintenant que pour en arriver là, il est impératif qu’une échographie ait été réalisée...

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