L’espèce canine est dite polytoque (= plusieurs petits). Pour le coup - et aussi minime sot-il -, chaque mise-bas est associée à un risque. 

Une étude que nous avons faite en 2007 sur 1614 chiennes montrait que les difficultés à la mise-bas sont loin d’être rares chez la chienne. Elles concernent en effet près de 13.7% des mise-bas canines. Qui dit dystocie dit expulsion prolongée de l’unité foeto-placentaire. S’en suit pour les chiots une situation dite d'hypoxie (=manque d’oxygène). Suite à celle-ci, des modifications du milieu sanguin surviennent, créant un état d’acidose métabolique chez le chiot (=le corps produit des quantités excessives d’acide). Les chiots nouveau-nés qui souffrent de ce problème apparaissent souvent faibles, léthargiques et présentent une orthopnée (=respiration anormale, comme s’ils essayaient de « boire » l’air à chaque inspiration). Dans ces cas de dystocie, le taux mortalité néonatale était dans notre étude de 37.4%, contre 10.7% lors de mise-bas « normales ». Pas besoin de s’attarder sur les maths ici : dans les élevages canins, la gestion de la mise-bas requiert, pour le coup, une attention toute particulière. 

Surpoids : un problème également chez les chiens de show

Etre capable de détecter à l’avance des facteurs de risque susceptibles d’influencer la mise-bas est pour le coup toujours le bienvenu. Dans ce domaine, la médecine vétérinaire a clairement fait des progrès considérables. Certains de ces facteurs pouvant influencer l’incidence des dystocies sont en effet aujourd’hui bien connus :        

-        La race : de par leur morphologie de brachycéphales (= têtes larges, filière pelvienne étroite), Bulldogs, Bouledogues Français et autres races de ce type sont généralement surreprésentées dans les études sur les dystocies canines. Ce ne sont cependant pas les seules : 40% des Scottish Terriers sont connus pour souffrir d’atonie utérine (= utérus qui ne se contracte pas au moment de la mise-bas), et les dystocies sont également fréquentes dans des races comme le Chihuahua et le Bull Terrier. Encore plus que la race et comme mentionné plus tôt, il semble qu’il y ait souvent un effet lignée qu’il est toujours bon de surveiller. J’ai par le passé suivi une lignée de Labradors qui semblait prédisposée à faire des atonies utérines. Me serai-je arrêté à la race (les Labradors ne sont généralement pas considérés comme une race à problème en ce qui concerne la mise-bas), nous n’aurions certainement pas mis en place les mesures nécessaires pour mieux gérer ces cas précis. 

-          Le poids : le surpoids est également décrit comme un facteur de risque en ce qui concerne les dystocies canines. J’avais par le passé pour habitude penser que ce n’était pas un problème si important dans le monde du chien d’exposition. Cependant, des études récentes pointent que même dans ce domaine, près de 20% des chiens sont considérés en surpoids ! De plus, une erreur classiquement rencontrée sur le terrain consiste à nourrir les chiennes de reproduction avec un aliment à haute densité énergétique (type aliment chiot) dès le début de la gestation. Il est important de garder à l’esprit que durant la gestation, les fœtus prendront 70% de leur poids final uniquement durant les 20 derniers jours. Les besoins énergétiques n’augmenteront par conséquent que dans le dernier tiers de gestation. Quand les chiennes reçoivent un aliment type chiot dès le début de la gestation, l’excès énergétique qui survient est pour le coup convertit en matière grasse, qui a la fâcheuse tendance à infiltrer les muscles (dont la partie musculaire de l’utérus) et ainsi diminuer la force des contractions utérines.

Pour plus d’information sur comment nourrir une chienne pendant la gestation, référez-vous à notre vidéo ici

Pas forcément plus de risque si la chienne a déjà eu une césarienne

-           La parité : on dit souvent que les chiennes primipares (=qui mettent bas pour la première fois) sont plus à risque. En fait, les études montrent que ce risque est plus important quand les chiennes sont mises à la reproduction pour la première fois après 4 ans. Commencer leur carrière reproductrice avant cet âge apparaît pour le coup comme un impératif.

-          Antécédents de dystocie : l’utérus récupère généralement rapidement suite à une césarienne et si la procédure chirurgicale a été réalisée dans les règles de l’art et qu’aucune anomalie n’a été détectée durant la chirurgie, il n’y a pas plus de risques que la chienne ait à nouveau besoin d’une césarienne à la portée suivante. 

 Il est à mon avis également toujours important de déterminer de façon précise la taille de la portée d’une chienne gestante. C’est en effet un paramètre qui est associé avec la survenue de dystocies dans l’espèce canine.

Importance de la taille de la portée

La façon la plus précise de déterminer la taille de la portée chez la chienne consiste à réaliser une radiographie après 45 jours de gestation. Avant cette date, les squelettes des fœtus ne sont en effet pas encore calcifiés et du coup pas visibles. De façon pratique, on recommande souvent de faire cet examen à 50 jours post-ovulation, ce qui permettra une meilleure visualisation et évaluation. Deux vues différentes (latérale et ventrale) devraient toujours être prises pour avoir une meilleure appréciation.

Remarque : il est important de garder à l’esprit que l’échographie n’est PAS une technique précise pour déterminer la taille de la portée. L’échographie nous permet en effet d’observer des sections de l’abdomen, et dans le cas de grosses portées, il est malheureusement facile de manquer un chiot ou d’en compter un deux fois. L’échographie reste cependant un fantastique outil pour déterminer la vitalité des fœtus, mais en ce qui concerne la taille de la portée, elle ne permet malheureusement que de l’estimer.  

Mais revenons à comment la taille de la portée peut influencer la survenue de dystocies. On parle généralement de « syndrome du chiot unique » sur une grande chienne qui attend un ou deux chiots. Celui-ci est fréquemment associé à des difficultés à la mise-bas, des mort-nés et des césariennes suite à un manque/absence de contractions utérines. Quand le chiot a une haute valeur génétique, une césarienne planifiée peut être alors proposée pour optimiser le taux de survie.

La même chose peut survenir sur de très grosses portées (on parle souvent « d’hyperfoetation »). Dans ce genre de cas (>12 chiots ), l’utérus est alors en surextension, diminuant là encore sa capacité de contraction. Dans ces très grosses portées, il n’est ainsi pas rare d’observer des mort-nés, en particulier les derniers chiots expulsés.    

Identifier les situations à risque AVANT la mise-bas est par conséquent de la plus haute importance chez la chienne reproductrice. Cela permettra au vétérinaire traitant de définir la meilleure façon d’approcher chaque chienne, et ainsi optimiser les chances de survie des nouveau-nés. Bonne nouvelle du coup : vous comprenez qu’aujourd’hui en médecine vétérinaire, c’est quelque chose que nous pouvons assez facilement réaliser. 

Ressource additionnelle : si vous voulez en apprendre plus sur le sujet, n’hésitez pas à télécharge mon dernier e-book (gratuit !) tiré d’une présentation que j’ai faite tout récemment durant la conférence 2015 de l’International Working Dog Breeding Association: Pour ce faire, cliquez-ici !

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