Le tissue adipeux (ou “gras”): plus qu’un simple “stockage”

Quand j’ai pris mon poste actuel, je me suis dit qu’il serait bon de se pencher sur la relation qui existe entre reproduction et nutrition. Au début, je dois bien admettre que c’était pour moi un sujet quelque peu intriguant. Quand je travaillais à l’école vétérinaire à Paris, bien que 100% des cas que nous traitions concernaient la reproduction canine et féline (c’est ce qu’on attend d’un service de reproduction des petits animaux, non ?) et que nous voyions beaucoup de problèmes de fertilité / affections de l’appareil génital / cas de reproduction assistée, nous ne parlions pas vraiment de nutrition (excepté lorsque nous discutions de stérilisation, mais là c’est une toute autre histoire pour le coup !).

Quand j’ai donc commencé au Canada, j’ai repris un bon vieux réflexe de mes années universitaires: avant de travailler sur un sujet, faire une revue complète de la littérature scientifique disponible. Je suis donc allé sur un moteur de recherche scientifique (pas Google…) et j’ai rentré les mots clés « reproduction » et « nutrition ». En retour, sont ressorties plus de 18,000 références ! Wouah, plein de choses à apprendre visiblement ! Puis j’ai affiné ma recherche avec des mots clés comme « chien », « chat », « canin », « félin »… Le nombre de publications a alors chuté de façon dramatique malheureusement. Pas plus de 70 articles à se mettre sous la dent… Résumé rapide de la situation : dans les espèces canines et félines, nous avons encore beaucoup à apprendre sur la relation entre ces deux systèmes en comparaison aux autres espèces…

A la lecture des articles qui ont été rédigés sur le sujet cependant, il y avait heureusement de bonnes nouvelles. Même si c’est un fait, nous n’avons pas autant de données que dans l’espèce humaine ou les grands animaux, celles-ci nous donnent déjà une bonne idée de l’interconnexion entre nutrition et reproduction, ainsi que comment appliquer de façon pratique ces connaissances sur le terrain. Par exemple, nous avons désormais une bonne compréhension de comment l’état corporel influence la fertilité. Je me souviens avoir participé il y a quelques années à une discussion en ligne avec d’autres vétérinaires spécialisés en reproduction. Nous parlions de la relation entre obésité et infertilité, plusieurs d’entre nous rapportant en effet que, chez les chiens/chats en surpoids, ce problème semblait plus fréquent. Comment l’expliquer ? Deux raisons à ça :   

 

Le tissu gras: un tissu endocrine

-          “Être en surpoids” signifie plus de tissue adipeux (=gras). Alors que l’on pense souvent que le rôle de ce tissu gras se limite au stockage d’énergie pour l’organisme, celui-ci a plus d’une corde à son arc. Il s’agit en effet également d’un tissu endocrine, qui sécrète pour le coup des hormones… Parmi lesquelles des hormones sexuelles comme les estrogènes, la progestérone, la testostérone… Le tissu adipeux sécrète également une autre hormone appelée leptine, particulièrement intéressante de par son interaction avec la fonction de reproduction.  Et s’il y a bien une chose qui symbolise la fonction de reproduction, c’est son haut niveau d’organisation basé sur une régulation permanente des sécrétions hormonales à ces différents niveaux (voir Fig 1 ci-dessous). C’est là d’où vient tout le problème : c’est un système équilibré qui doit rester en équilibre… Or le surpoids peut modifier ces paramètres. Un exemple avec la leptine : cette hormone agit directement sur l’hypothalamus, organe considéré comme le « pace-maker » de la fonction de reproduction. Obésité = excès de tissu adipeux = plus de leptine dans le sang : en modifiant alors les sécrétions hormonales de l’hypothalamus, la leptine peut du coup agir comme un perturbateur de la fonction de reproduction. Chez l’être humain, le surpoids est souvent associé à des maladies comme le syndrome des ovaires poly-kystiques, une maladie qui est souvent reliée à des modifications hormonales dans l’organisme. De la même façon chez les carnivores domestiques, il y a de bonnes raisons de croire que l’obésité favoriserait la survenue de problèmes comme l’anovulation / les kystes ovariens / la mortalité embryonnaire précoce.

Fig 1: Organisation de la fonction de reproduction chez le chien et le chat/ L'hypothalamus et l'hypophyse sont des glandes situées dans le cerveau; GnRH= Gonadotrophin Releasing Hormone, FSH= Follicule Stimulating Hormone, LH= Luteinizing Hormone

 

Embryons et gamètes n'apprécient pas les augmentations de température

 

-          Le tissu adipeux joue également un rôle important en ce qui concerne le maintien de la température corporelle. Chez les individus en surpoids, il n’est pas rare que celle-ci soit légèrement supérieure à la normale. Pas un problème ? Peut-être… mais l’on sait que les embryons et les gamètes (spermatozoïdes et ovocytes) sont très sensibles aux variations thermiques. Si la température corporelle augmente, leurs capacités s’en trouvent souvent réduites. Ce phénomène est bien décrit chez le chien mâle où une infiltration de gras au niveau du scrotum est généralement suivie d’une augmentation de la température au niveau des testicules. Celle-ci a alors pour conséquence d’altérer le processus de fabrication des spermatozoïdes, voire même dans les cas les plus graves, d’entraîner un arrêt complet de leur production.

Lorsque l’on élève du chien ou du chat du coup, il y a une règle toute simple à suivre : seuls les animaux dont l’état corporel est optimal devraient être mis à la reproduction (jetez un coup d’œil ici pour voir comment évaluer celui-ci chez le chien et chez le chat). Vous comprenez maintenant pourquoi surveiller cet état corporel et contrôler l’apport calorique au quotidien (en surveillant les quantités d’aliment ingéré) sont des éléments essentiels pour optimiser la fertilité de nos carnivores domestiques.

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Commentaire de Chatterie Lypercha le 4 décembre 2014 à 13:39

Bonjour,

A la lecture de votre publication, mon questionnement persiste à savoir pourquoi dans les jugements félins, ( Persan  et Exotique), la préférence est donnée aux sujets les plus lourds ... Je trouve dommage que  les juges encouragent les éleveurs à engraisser leurs chats, mis à part la bonne ossature naturellement .

Suzanne Morissette 891 .

 

Commentaire de Pitous chez nous le 11 août 2014 à 8:45

merci, pour votre réponse....

en effet en ayant fait d autre recherche et avec l aide de mon vétérinaire c est se que j ai recu comme informations , donc merci et à bientot

caroline 511780

Commentaire de Emmanuel Service Technique PRO le 11 août 2014 à 8:13

Bonjour,

J'espère que vous allez bien, je découvre votre message à l'instant! On peut effectivement diagnostiquer une gestation suite à une prise de sang, pour cela vos vétérinaires utilisent un test pour détecter une hormone appelée relaxine, qui est uniquement sécrétée par les placentas chez le chien. Si le test est positif, la chienne est gestante. Ce test ne peut cependant être effectué avant 25 jours de gestation. C'est une bonne alternative à l'échographie - qui reste pour moi l'examen par excellence pour confirmer une gestation chez la chienne - quand celle-ci n'est pas disponible.

En espérant avoir pu vous aider,

Cordialement

Emmanuel 

Commentaire de Pitous chez nous le 7 août 2014 à 9:37

Bon matin,

j ai une chienne qui a été sailli, par mon male 2 fois....(yorkshire) , es ce possible de savoir si cette chienne est gestante, par le fait de prendre une prise de sang de cette petite cocotte.

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