Brucellose canine: choses essentielles à savoir pour mieux se protéger!

Dans chaque discipline, il y a certain mots qui font peur. Quels sont-ils en reproduction des carnivores ? Sans hésitation : brucellose canine. Quand je travaillais à l’école vétérinaire, je souhaitais que tous nos étudiants aient en tête cette maladie, pour qu’une fois installés en clinique, ils aient le réflexe de la suspecter. A cette époque j’étais en France, un pays où des cas cliniques de cette maladie sont très rarement rapportés. Maintenant je vis en Amérique du Nord : situation bien différente puisqu’ici la maladie est considérée comme endémique, j’avais lu un article il y quelques années mentionnant que « 1-10% des chenils américains seraient touchés ». Quand je suis arrivé bien évidemment, je me suis empressé de discuter avec mes collègues sur place, pour avoir leur opinion sur la situation sur le terrain. Il ne semble pas y avoir beaucoup de cas rapportés au Canada, et pendant longtemps la maladie semblait cantonnée au Sud des Etats-Unis. Et puis vient l’ouragan Katrina : un grand nombre de chiens de ces états dévastés du Sud ont alors été envoyés au Nord du pays. Et malheureusement, la brucellose canine a fait le voyage avec certains d’entre eux. Maintenant des cas nous sont rapportés en Pennsylvanie, Ohio, Missouri, Minnesota, New York, Colorade, Michigan… La brucellose canine est bien là, et comme nous le savons tous, les éléveurs canins constituent une population à risque. Voici ici quelques points clés que je juge important de connaître car comme vous le savez, dans le monde de l’élevage, on est jamais trop préparé :     

1/ La brucellose canine n’est PAS SEULEMENT une maladie sexuellement transmissible. Bien sûr, on peut retrouver ces bactéries dans le semence et les sécrétions génitales des individus infectés. Mais on peut également les retrouver dans la salive, l’urine, les fecès… Ingestion et inhalation (en fait tout contact au niveau d’une muqueuse) sont de potentielles voies de transmission. Le passage transplacentaire durant la gestation est également possible, des chiennes infectées peuvent ainsi donner naissance à des chiots infectés.

2/Brucella canis ne survit pas longtemps dans le milieu extérieur et donc pour le coup, le principal mode de transmission se fait par contact entre individus. Cependant si toutes les conditions sont réunies (comme dans un chenil par exemple), elles peuvent survivre parfois plus de 2 mois protégées dans de la matière organique (matière fécale, terre, etc.). Nettoyage/désinfection appropriés ne seraient encore une fois qu’être trop recommandés ! La plupart des désinfectants utilisés en chenils (ammoniums quaternaires, eau de javel, etc) inactiveront ces bactéries.

3/ En chenil, avortements après 45 jours de gestation (parfois avec des chiots de taille différente) et mortalité néonatale sont les principaux signes cliniques rapportés, mais lorsque l’on pense à la brucellose canine, TOUTE affection de l’appareil génital aussi bien chez le mâle que chez la femelle doit pousser à la suspecter. Chez la chienne, cela peut être lors de pertes vulvaires anormales, de vaginite chronique, d’infertilité, alors que chez le mâle on devra y penser lors de mauvaise qualité de semence (peu de spermatozoïdes dans l’éjaculat ou pas de sperme du tout, nombre accru de formes anormales, mobilité diminuée…), d’inflammation persistante du scrotum, des testicules, du penis et/ou du fourreau. En attendant que la brucellose canine soit écartée, isolez toujours les individus suspects.

 4/ Bien évidemment tous les indivus présentant des signes cliniques évocateurs doivent êtres testés. Mais plus important encore, tous les nouveaux arrivants dans votre chenil devraient l’être également. Des tests sanguins détectant des anticorps contre Brucella canis sont disponibles et plutôt fiable (les animaux produiront ces anticorps suite à l’infection mais ceux-ci ne seront généralement pas suffisant pour guérir de la maladie). Comme dit précédemment, tout nouvel animal devrait être testé avant d’arriver au chenil. Les anticorps seront généralement détectables 3-4 semaines après l’infection, un deuxième test devra donc être réalisé un mois après que le premier test soit revenu négatif pour confirmation.

5/ Les animaux reproducteurs devraient être testés une à deux fois par an pour que leur négativité soit confirmée. L’insémination artificielle est souvent présentée comme une façon de lutter contre ces maladies infectieuses mais garder à l’esprit que celle-ci ne protégera que le mâle : si la semence est contaminée, la femelle pourra l’être alors aussi. Et rappelez-vous que la maladie se transmet par ingestion : si avant l’insémination le mâle lèche les sécrétions vaginales de la chienne (ce qui est assez courant durant la récolte de semence), lui aussi est alors exposé à une éventuelle contamination. Si vous allez utiliser un mâle extérieur ou si votre mâle doit saillir une femelle extérieure, là encore demandez un test réalisé 3 à 5 semaines avant. Même chose si vous souhaitez utiliser de la semence réfrigérée !

6/ Le test est positif? Première chose à faire: ne pas paniquer! Les faux positifs sont nombreux car certaines autres bactéries non pathogènes (Bordetella sp , Moraxella sp, etc.) peuvent entraîner des réactions croisées. Si un test revient positif, un autre test devra être réalisé au moins un mois après pour confirmer. On peut légitimement se demander si, du fait des réactions croisées qui peuvent exister avec les Bordetella, la vaccination contre la toux de chenil peut fausser les résultats. Bonne nouvelle, les études menées sur le sujet montrent que ce n’est pas le cas !

7/ Question fréquemment posée: peut-on traiter? Malheureusement non : les bactéries peuvent persister pendant de nombreuses années dans les nœuds lymphatiques et il est toujours difficile de confirmer à coup sûr que le traitement les ait toutes éliminées. Les animaux infectés doivent donc être stérilisés et très souvent une antibiothérapie spécifique et à vie sera instaurée. Bien évidemment, ces individus devront être retirés de tout programme de sélection génétique.

8/ La brucellose canine est une potentielle zoonose. Bien sûr ce potentiel zoonotique est faible, mais les éleveurs sont une population à risque ! Ne manipulez jamais du matériel potentiellement contaminé sans gants (avortons, placentas ou chiots morts). Lavez-vous les mains plusieurs fois par jour après avoir manipulé vos animaux. Les chiens infectés peuvent être placés dans des familles d’accueil, mais pas avec des individus immunodéprimés (atteintes par le VIH par exemple).

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