[BLOG] Les cycles se suivent mais ne se ressemblent pas : une histoire de progestérone

Une autre vie, une autre époque

 

Coup d’oeil rapide sur le planning de la matinée : 8 suivis de chaleurs, une récolte de semence… Pour moi, une journée on ne peut plus « normale » de consultation qui s’annonçait. Un lundi matin « classique » lorsque l’on travaille dans le centre de reproduction assistée de l’Ecole Vétérinaire d’Alfort, Paris. 

 

Et tout se déroula sans aucun accroc. Les clients étaient tous à l’heure. Les patientes en bonne santé et sans historique d’infertilité... Même la récolte de semence était bouclée en une minute chrono… Nul doute, la semaine démarrait en douceur ! Cette matinée aurait pu être totalement anecdotique. Mais il restait encore une consultation, celle de 12h30. Je ne le savais pas encore, mais c’était celle qui allait causer une petite poussée d’adrénaline dans le département. 

 

Je ne l’aurai pourtant jamais imaginé quand la sonnette de la salle d’attente retentit, à 12h30 précise. Les étudiants laissèrent entrer le client en consultation. Il vînt de suite me serrer la main. Nous nous connaissions bien. Après plusieurs années passées à ce poste, il ne fait aucun doute que certains visages étaient devenus familiers. Nous ne sommes lancés dans la discussion « classique » pour ce type de consultation : quel âge a la chienne ? à quelle fréquence est-elle en chaleurs ? a-t-elle déjà été saillie ? quand a-t-elle commencé ses dernières chaleurs ? a-t-elle eu des problèmes de santé par le passé ? etc, etc. Toutes ces questions ont leur importance car elles me permettent de détecter si quelque chose éventuellement « cloche ». Mais les réponses étaient là encore totalement anecdotiques : 3 ans, tous les 6 mois, c’est une primipare (=elle n’a jamais été saillie), elle a commencé il y a 6 jours, aucun problème de santé connu… Absolument rien d’anormal ici. «  Le mâle est en Allemagne, me dit le client. C’est pour ça que je commence le suivi de chaleurs un peu plus tôt que d’habitude. À mon avis, elle sera prête d’ici une dizaine de jours. » 

 

Je lui souris. «  Eh bien, je vous dirai ça. Après tout, c’est la raison pour laquelle nous faisons des dosages de progestérone ! » Chez la chienne, le suivi de chaleurs à l’aide de dosages de progestérone reste la façon la plus précise et la plus pratique pour détermine le jour de l’ovulation. C’est ce qui nous permettra de déterminer la fenêtre de fertilité chez cette chienne. Et c’est là quelque chose de la plus haute importance pour son propriétaire, qui veut bien évidement mettre toutes les chances de son côté s’il doit la conduire jusqu’en Allemagne {une très longue route pour nous Français !), où il sait par avance qu’il n’aura droit qu’à une seule saillie (plus d’informations sur le suivi de chaleurs en général ici).   

 

Après avoir fait la prise de sang sur la chienne, nous avons laissé le client repartir. Nous le rappellerions dans l’après-midi avec le résultat. L’échantillon fût centrifugé, le plasma récupéré et placé dans notre machine à progestérone. Notre assistante lança le dosage, et nous voilà tous partis pour le déjeuner. Nous aurions le résultat à notre retour une heure après.

 

Et quelle ne fut ma surprise quand je regardai ce résultat à notre retour : la chienne avait déjà ovulé ! Impossible de dire avec certitude si c’était il y a un ou deux jours (lire ce blog pour comprendre pourquoi) mais j’appelai immédiatement l’éleveur. S’il voulait faire reproduire sa chienne, il devait partir dès maintenant ! Quand je l’ai eu au bout du fil, il n’en croyait pas ses yeux ! Il arrêta tout, sauta dans sa voiture et fit 1,000km d’une traite pour faire saillir sa chienne au petit matin le lendemain. Trois semaines plus tard, il était de retour dans notre service pour un diagnostic de gestation : je mis la sonde sur l’abdomen de sa chienne… et au moins 6 embryons apparurent sur l’écran. Une fin plutôt heureuse, pas vrai? 

 

Mais l’histoire ne s’arrête en fait pas là ! Un an et demi plus tard, le même éleveur revînt en consultation avec la même chienne. A nouveau, il souhaitait la faire saillir en Allemagne. Mais il ne voulait prendre aucun risque cette fois-ci. «  La dernière fois, j’ai failli la manquer, me dit-il. Mais cette fois, j’ai décidé d’anticiper. Elle doit ovuler très tôt dans son cycle. » Avant que j’ai pu demander, il me dit : «  Elle est en chaleurs depuis 4 jours maintenant. J’attendrai le résultat dans la salle d’attente. » Une heure après, j’avais le dit résultat en main : elle était encore très basse en progestérone. «  Nous la reverrons dans 4 jours pour le coup, lui dis-je. » Quatre jours après, notre éleveur était de retour et à nouveau, décida d’attendre dans la salle d’attente, anxieux à l’idée de partir pour l’Allemagne dans la foulée. Le résultat sortit une heure après : sa chienne était toujours très basse en progestérone. Il n’y avait rien qui m’inquiétait spécialement ici, et à nouveau, nous avons repris rendez-vous pour quatre jours plus tard. Et les jours passèrent ainsi… 28 jours après le début de son cycle. La progestérone commença à monter. Elle ovula 30 jours après le début de ses chaleurs. Elle fut saillie au 32ème jour. Trois semaines après nous confirmions qu’elle était gestante. Un peu plus d’un mois plus tard, elle allait donner naissance à 12 superbes chiots.

 

La morale de l’histoire ici ? Les cycles chez la chienne se suivent mais ne se ressemblent pas. J’ai entendu des gens me dire : «  Nous allons faire le suivi par progestérone, comme ça nous savons quand elle ovule. Nous saurons pour le coup quand la mettre à la reproduction les prochaines fois. » Quand j’entends ça, je leur raconte cette histoire que vous venez de lire. Il est faux de croire que toutes les chiennes sont réglées comme une horloge. C’est peut-être vrai pour certaines, mais clairement, pas pour toutes. Malheureusement, certains facteurs impliqués dans la folliculogénèse chez la chienne (=développement des ovocytes sur les ovaires) nous échappent encore totalement. 

 

Rappelez-vous que la cause la plus fréquente d’infertilité chez la chienne reste la mise à la reproduction au mauvais moment. Cette histoire nous rappelle l’importance du suivi de chaleurs avant de mettre une chienne à la reproduction. Elle nous rappelle aussi que c’est quelque chose à faire avant chaque mise à la reproduction. 

 

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