[BLOG] A toujours suspecter chez la chatte infertile...

- Nous l’avons mise à la reproduction plusieurs fois Doc. Elle a eu une portée il y a un peu plus de deux ans, mais plus rien depuis... Nous avons utilisé différents mâles et nous sommes sûrs qu’ils sont fertiles. Ils ont depuis reproduit avec d’autres femelles. Pour vous dire la vérité, nous sommes un peu désespérés. C’est un si beau sujet...

 

Voilà là une conversation que j’avais de façon régulière quand je travaillais à l’Ecole vétérinaire en France. Probablement plusieurs fois par semaines. Mais rien de vraiment anormal quand on travaille dans un département qui a fait de la reproduction assistée et de la fertilité sa spécialité, pas vrai ? En ce lundi après-midi, il y avait là cependant une différence notable. Alors qu’à cette époque, la très grande majorité de nos clients étaient des éleveurs de chiens, la personne en face de moi se trouvait être en ce jour un éleveur félin. 

 

Quand j’avais mentionné à des amis vétérinaires que je travaillais sur ce cas, ils avaient eu un peu de mal à y croire. «  Vraiment, une consultation d’infertilité… chez une chatte ?!?!?! Allons donc ! Si ça ne marche pas dans cette espèce, c’est simplement qu’il n’y a rien à espérer. » Je n’étais pas vraiment surpris par leur réaction. Le jeune vétérinaire que j’avais été n’en aurai pas moins pensé. J’avais vu ces graphiques qui illustraient à quel point l’espèce féline pouvait être prolifique. Venant d’une île tropicale, j’avais vu ce que cela pouvait donner « en vrai ». J’avais tendance à penser que dans cette espèce, infertilité était tout simplement synonyme de stérilité. La stérilisation aurait alors été la seule option que j’aurai proposée. Depuis, de l’eau a coulé…  

 

Quand j’ai commencé ma résidence, j’avais lu tout ce que j’avais pu trouver sur l’infertilité féline. Et découvert que celle-ci n’était peut-être pas aussi rare que ce que je pouvais alors penser.

 

La cause numéro 1 : l’absence ou le manque de saillies (voir plus d’infos ici). L’ovulation est provoquée par les saillies chez la chatte : pas assez de stimulations = pas d’ovulation. Ce cas me semblait pourtant… différent. L’éleveur m’avait assuré qu’elle avait observé les saillies. La description qu’elle donnait de tous les signes comportementaux confirmant leur bon déroulement était on ne peut plus exacte. J’avais beau savoir que ce n’était pas suffisant pour exclure cette hypothèse, mais quand même… Celle-ci me semblait de moins en moins probable ici. 

 

Y aurait-il des maladies infectieuses à rechercher ? Comme je le répète souvent, en élevage félin, on se doit toujours d’y penser. Mais longue est alors la liste des suspects… Et comme nous étions en consultation en train de discuter du cas, une autre étape diagnostique s’imposait à moi en premier lieu : contrôler l’aspect des ovaires et de l’utérus de la chatte. En réalisant une échographie génitale. 

 

Pour moi, cette étape coule de sens. Face à un cas d’infertilité, on veut toujours s’assurer que l’appareil génital interne est « normal ». Dans l’espèce humaine, ces échographies sont souvent la première étape du diagnostic différentiel. Chez la chienne et la chatte, il devrait à mon avis en être de même. 

 

La propriétaire accepta. Nous avons fait l’échographie… Voilà ce que nous avons trouvé. 

 

 

De prime abord, cette image ne vous évoquera sans doute rien. Pas d’inquiétude à avoir cependant, l’échographie est clairement un art un peu abstrait. Cette alternance de gris et de noir n’évoque pas grand chose pour qui n’y est pas habitué. 

 

Mais pour qui la pratique au quotidien, voilà une image qui en dit beaucoup. Et qui permet même alors de poser un diagnostic. C’est là ce que l’on appelle une hyperplasie glandulokystique de l’utérus (HGK) : des petits kystes dans la paroi de l’organe et modifiant alors le milieu utérin. Limitant alors les chances de voir un embryon s’implanter et se développer. Une maladie liée à une hormone, la progestérone. Nous recherchions une explication aux problèmes d’infertilité de cette chatte. Je n’avais aucun doute : nous l’avions trouvée. 

 

En matière d' infertilité, le pronostic n’est jamais bon. Cela est vrai quelque soit l’espèce considérée. Pour l’améliorer, une seule solution : clairement identifier le problème. Nous avions une piste ici. Et du coup, une approche thérapeutique pouvait être proposée. 

 

La propriétaire voulait essayer. Nous avons traité la chatte. L’HGK disparut. Elle fut remise à la reproduction. Cette fois, avec succès. 

 

J’aurai souhaité qu’un plus grand nombre de cas d’infertilité auxquels j’ai été confrontés aient connu un tel succès. La fertilité est complexe, et comme dit précédemment, le pronostic ne s’améliore que quand l’on sait a quoi l’on fait face. C’est là une certitude. Chez les chattes infertiles, les maladies utérines sont fréquemment retrouvées (on pense même qu’il s’agit de la 2ème cause la plus fréquente d’infertilité). Les rechercher reste pour le coup, à mon humble avis, une priorité.

 

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